Comprendre le travail d’Humusation France : entretien avec Didier Gérard, administrateur d’Humusation France et du Réseau Compost Citoyen Grand Ouest

21/05/2026 | Partenaires Point de vue Réseau

Comprendre le travail d’Humusation France : entretien avec Didier Gérard, administrateur d’Humusation France et du Réseau Compost Citoyen Grand Ouest



L’Humusation est un mode de sépulture naturel basé sur la décomposition du corps humain. Cette transformation est proche du processus de compostage. L’humusation n’est pas encore autorisée en France. L'Association Humusation France milite pour sa légalisation, informe les citoyennes et citoyens et participe activement à développer la recherche. Nous avons interrogé Didier Gérard, administrateur d’Humusation France et du Réseau Compost Citoyen Grand Ouest afin de mieux connaître ce sujet. Nous remercions Florence Valdés, présidente d’Humusation France pour sa relecture.

Didier et Florence
Didier, pourrais-tu te présenter, nous raconter comment tu en es venu au compostage, comment tu as connu Humusation France et pourquoi tu choisis maintenant de militer pour la pratique de l'humusation ?

Je m'appelle Didier Gérard, j'ai 67 ans, papa d'un garçon et de deux filles et papi de quatre petits enfants.
Je suis membre du conseil de développement Sud Retz Atlantique, instance participative de cette communauté de communes au Sud de Nantes.
Auparavant, j'étais conseiller municipal, en charge de l'éducation à l'environnement et de la stratégie communale pour la biodiversité d'une grande ville.

Le compostage est une pratique que j'ai découverte avec le jardinage au sein d'une association de jardins familiaux. Par la suite, élu à la présidence de celle-ci , nous avons fait installer des composteurs sur les parcelles. Comme cela m'intéressait beaucoup, avec l'association COMPOSTRI nous avons développé le compostage collectif. Je suis administrateur du RCCGO depuis plus de 3 ans.

L'humusation, je l'ai connue en 2020 par une personne de Nantes qui connaissait Francis Busigny, l'inventeur de ce processus qui ressemble au compostage.
Le fait que notre corps puisse donner de la vie pour nourrir le sol après notre mort pour faire pousser des végétaux m'a tout de suite enthousiasmé.
Maintenant, administrateur pour l'association HUMUSATION France, je fais ma part comme le colibri cher à Pierre Rabhi que j'ai eu la chance de rencontrer.

Qu'est-ce que l'Humusation ?

infofgraphie humusation
L’HUMUSATION est un processus contrôlé low-tech de transformation progressive du corps d’un défunt en humus, sous l’action des micro-organismes présents dans le corps et les premiers centimètres du sol.
Le temps de transformation complet dure environ 12 mois. Il se déroule en extérieur, au-dessus du sol. Le corps est placé sur un lit de matière végétale dans un chrysalium et recouvert de cette même matière végétale.
C'est un protocole entièrement naturel qui s'inspire de la vie de la forêt, ainsi, la matière organique qui compose notre corps perpétue la vie au-delà de notre propre mort.


Comment sont structurées les associations ou coopératives ou fondations Humusation en Europe et ailleurs ?

Trois pays francophones (Belgique, Suisse et France) coopèrent et se mobilisent afin de faire connaître l'humusation et d'en obtenir la légalisation :
- Coopérative Humusation et Fondation Métamorphose en Belgique
- Association HUMUSATION Suisse
- Association HUMUSATION France
Depuis 2024, un colloque annuel est consacré à l'humusation et réunit les représentants de ces structures. Cette année, il a eu lieu en Suisse les 15 et 16 mai 2026.

Où en est la recherche en France et au niveau européen ?

HUMUSATION France a collaboré avec un chercheur de l'Université de Lille jusqu'en 2023, Damien Charabidze. Il s’est ensuite rapproché d'une autre association, Humo Sapiens, afin d'expérimenter autre chose que l'humusation. Nous le déplorons, parce que nous disposions d'un protocole déjà tout prêt à être expérimenté. Ils ont préféré opter pour une technique semi-enterrée dans le cadre du projet appelé F-Compost. C'est une forme d'enterrement avec ajout de matière végétale, qui n'est ni de l'humusation (procédé au-dessus du sol), ni de la terramation (procédé hors-sol high-tech dans un contenant).

comparaison humusation


Heureusement, la même année en Belgique, la Coopérative Humusation s'est livrée à deux séries d'essais sur des porcs. Un centre de recherche agricole indépendant a fait le suivi de ces essais et a rédigé un rapport aux conclusions tout-à-fait encourageantes.
Ils s'apprêtent cette année à ouvrir un humusarium pour animaux de compagnie.

Quant à la Suisse, elle a obtenu, en décembre 2025, l'autorisation d'expérimenter le "biocompostage funéraire naturel" avec des corps humains. Il est possible de donner son corps afin que le protocole soit testé et qu’on puisse démontrer qu’il est viable. Cela est désormais rendu accessible à toutes les personnes proches de Lausanne qui, au moment du décès, ne souhaitent recourir ni à l'inhumation ni à la crémation. Vincent Varlet, scientifique et médecin légiste, au Swiss Human Institute of Forensic Taphonomy (SHIFT) travaille sur un protocole proche de l'humusation.

Quels sont les freins actuels en France ?

Actuellement, la loi ne reconnaît que deux modes de sépulture : l’inhumation et la crémation. C’est pourquoi nous menons une mission de plaidoyer auprès des parlementaires afin d’obtenir un changement dans la réglementation funéraire pour accueillir de nouvelles pratiques. Mais rappelons qu’il existe une loi de 1887 qui édicte la liberté des funérailles et dont le choix de son mode de sépulture, comme le souligne très justement la proposition de loi déposée en décembre 2025 qui réclame une liberté effective car les décrets successifs ont restreint le choix aux deux méthodes précitées.

Nous avons également une pétition en ligne qui recueille désormais près de 29 000 signatures, n’hésitez pas à y ajouter la vôtre !

Un autre frein important est l’obligation d’utiliser en France, comme dans de nombreux pays, un cercueil, ce qui n’est pas nécessaire dans le cas de l’humusation. Nous pouvons en revanche envisager un cercueil temporaire proposé par la société de pompes funèbres pour le transport du corps du défunt du lieu de décès jusqu’au lieu de mise en humusation. Il convient d’obtenir une dérogation pour que l’humusation puisse être intégrée au Code Général des Collectivités Territoriales qui fixe les règles en matière funéraire.
De plus, les sociétés de pompes funèbres freinent l’arrivée d’une technique pouvant se passer de cercueils. La vente du cercueil représente une marge importante et sa suppression serait un manque à gagner.

Un autre frein, éthique celui-ci, réside dans le fait que la mort reste un sujet tabou. Le débat sociétal avance lentement, mais sûrement.

Humo Sapiens défend la terramation. Peux-tu nous parler de vos liens et de vos intérêts communs ?

L'intérêt que nous avons en commun est de proposer une alternative à l'inhumation et la crémation. Nous faisons bien évidemment front commun lorsqu'il s'agit de défendre de nouvelles pratiques funéraires devant les politiques.

Humo Sapiens est assez généraliste, défendant toutes les pratiques funéraires permettant de transformer le corps d'un défunt en compost.

À Humusation France nous défendons une seule méthode. C'est, selon nous, le moyen le plus naturel de retourner à la terre. Nous souhaitons apporter une information claire, transparente et rigoureuse car les spécificités des différentes techniques n'auront pas le même impact écologique et n'engendreront pas le même coût pour les familles. Nous considérons qu’il est indispensable d'informer les citoyennes et citoyens, les opérateurs funéraires et les décideurs publics de manière non biaisée afin de participer à un débat public serein et éclairé.

Quelles sont les perspectives à venir d'Humusation France ?

Notre objectif principal est d'obtenir la légalisation de l'humusation le plus rapidement possible. Nous allons donc poursuivre notre travail de plaidoyer auprès des représentants politiques, notre travail de sensibilisation auprès des citoyennes et citoyens en participant à des conférences, des ateliers, des salons sur l'écologie, et aussi nos échanges avec les acteurs du funéraires intéressés à proposer l'humusation lorsqu'elle sera légale. C'est notamment le cas des coopératives funéraires.



Pour aller plus loin :

  https://humusationfrance.org/
  Pétition en ligne
  Campagne de financement pour un humusarium pour animaux de compagnie en Belgique